Journal de bord d'une stagiaire - Ep9

Sandra Pereira Costa est la toute première apprentie à effectuer un stage de mobilité internationale avec le CFA Sport Occitanie. Pendant 3 mois, elle sera en stage au Maroc, pour vivre une expèrience nouvelle, dans les métiers du Sport et de l'Animation, pilotée par le CFA et financée par la Région Occitanie. A travers son "Journal de bord d'une stagiaire", partez à la découverte de notre programme Mobilité Internationale.

 

 

Episode 9 : Tout est une question d'équilibre
Une reprise bien difficile

Lundi c’est une reprise bien difficile, le froid est revenu (enfin ce ne sont pas des températures négatives mais je m’étais habituée à la douceur du climat d’ici). Cette semaine est chargée pour tout le monde car le weekend qui arrive est synonyme de plusieurs compétitions : Football des amputés (samedi/dimanche), Boccia (dimanche). Sans oublier qu’il y’a aussi une formation pour le Handi-Basket, pour le Boccia et deux journées pour classifier les nouveaux athlètes en Boccia (vendredi et samedi).

J’apprends en fin de journée que je vais coordonner une formation au profit des arbitres de Boccia sur deux jours (vendredi et samedi) ainsi que veiller au bon déroulement de la compétition qui suivra le dimanche. Je dois par ailleurs aussi suivre la formation pour obtenir le diplôme d’arbitre de Boccia. Autant dire que le programme est plus que chargé ! Sans oublier qu’il y’a les autres projets à ne pas délaisser.

Je travaille en lien avec mes collègues car je ne sais pas quoi réellement préparer pour la formation. Tout ça est nouveau pour moi mais je m’investis à fond pour que ce soit une réussite. Je communique aussi avec l’entraîneur national de l’équipe de Boccia, Adil, que j’avais déjà rencontré auparavant. Lui parle arabe et anglais mais pas français. Nous arrivons tout de même à échanger (je tiens à préciser qu’avec mon niveau en anglais ça n’est pas gagné quand même). Nous établissons une liste prévisionnelle des besoins sauf que nous voilà confrontés face au premier problème !  On ne connait même pas le nombre exact de personnes qui participera à la formation. Il faut dire que la convocation n’a pas encore été envoyée aux associations sportives. Idem pour la salle qui doit être réservée à Salé. La formation est tombée à la dernière minute. Je sens le stress qui commence à monter mais il reste quelques jours avant vendredi donc il faut gérer au mieux la pression…

   

Le mardi, des nouveautés qui tombent. On apprend que la salle de formation sur Salé n’est pas disponible. La formation ainsi que le déroulement du Meeting National de Boccia se feront donc à Fès. Situation d’urgence car il faut alors contacter le Centre National Mohammed VI des Handicapés de Fès pour l’hébergement et valider la disponibilité de la salle couverte qui accueillera la compétition.

Cela vient modifier aussi l’organisation générale : trajet, restauration, matériel à transporter, etc.

Ayant besoin d’être très organisée, je prépare des dossiers pour la formation et pour la compétition. Je fais aussi un listing des besoins nécessaires pour ne rien oublier jeudi soir car si l’on oublie quelque chose à la Fédération ça sera très compliqué ! La journée arrivant à sa fin, je laisse tous les dossiers rangés, il ne manquera plus qu’à recevoir le listing des candidats (limité à 12 personnes maximum), la confirmation des salles, l’hébergement et la préparation de tout le matériel nécessaire à ces trois journées.

Je sens que j’ai réellement besoin d’énergie et je demande alors mon jour de récup pour le lendemain car j’ai travaillé le dimanche dernier. De plus, je ne pourrais pas poser comme jour le jeudi car il faudra tout organiser. J’ai besoin de reprendre des forces. Je passe une nuit agitée, du mal à dormir. Heureusement que le mercredi j’arrive un peu à me déconnecter en allant marcher avec Madame TIJANI. Cette dame est une amie de Fatima (ma voisine de siège dans l’avion si vous vous souvenez bien – épisodes 1 et 2) ; elle-même m’a mis en contact avec son amie car elle adore les randonnées et est très sportive. En effet, elle a vraiment la « pèche » et ce fût un vrai plaisir de partager ce moment avec elle. J’adore les échanges avec les personnes plus âgées que moi, elles sont toujours bienveillantes, avec beaucoup d’amour à donner. De quoi ensoleiller ma journée. J’ai eu le droit à une invitation à déjeuner chez elle le midi. C’est encore un délicieux et unique tajine face auquel je me trouve. Je partage le repas avec elle et sa maman, une dame de 90 ans qui ne parle pas français. J’ai le droit à de grands sourires et un accueil chaleureux. L’hospitalité marocaine est bien connue mais il faut vraiment passer un moment ici pour la découvrir. Une fois que l’on vous ouvre la porte vous savez que c’est pour toujours. Il faut bien évidemment aimer la découverte d’autres cultures, traditions ; aller à la rencontre de « l’autre » sans laquelle rien n’est possible.

 

   

Après cette riche journée passée, la pluie est réapparue et je suis rentrée chez moi. Pas de sport pour moi ce soir car cette sensation « affaiblie » j’ai continué à la ressentir. J’ai alors pris le temps pour cuisiner et bouquiner un peu. Je me suis endormie sans problème jusqu’au moment où l’insomnie est arrivée vers 3h du matin. Impossible de fermer l’œil jusqu’à 5h environ puis je me suis rendormie. Quand le réveil a sonné je n’avais qu’une seule envie : le débrancher !

Je suis arrivée à la fédé avec une tête d’extrême fatigueeeeeee. Un vrai zombie ! Ce fût un jeudi noir… jeudi noir en café (j’ai dû en boire au moins cinq, chose qui ne m’arrivait plus depuis bien longtemps).

J’avais l’impression que cette journée ne possédait pas assez d’heures pour faire toutes les tâches imparties. En effet, le listing des participants était arrivé, les salles confirmées, l’hébergement aussi. Avec Adil nous nous sommes répartis les tâches : j’ai regroupé le matériel nécessaire à la formation (dossiers, stylos, blocs-notes, vidéoprojecteur, kit d’arbitrage Boccia…) et lui a rassemblé le matériel spécifique au Boccia (kits de jeu, scotch de traçage…).  A nous deux, on va dire qu’on a « fait la paire » et fort heureusement !

Le lendemain nous sommes partis à 6h du matin direction Fès. La formation doit commencer à 10h, nous avons donc anticipé un départ bien matinal car sur la route il y’a toujours des surprises. En effet, ça n’a pas raté, le signal GPS ne marchait pas, nous avons fait alors appel à la « méthode traditionnelle » : interpeller les gens sur la route pour demander notre chemin. Après 45 minutes à tourner dans les petites ruelles nous arrivons enfin au CNMH à 9h30. Nous sommes en avance, Youpi !

Je demande à voir la salle de formation pour installer le vidéoprojecteur, chaises, tout le matériel nécessaire. Je reçois l’aide du responsable « pôle sportif » du centre, Mr Jamal. Nous attendons l’arrivée de l’ensemble des participants et nous démarrons la formation à 10h30 (nous sommes bon niveau timing).

C’est Adil qui anime cette formation. La matinée est dédiée à la partie théorique et l’après-midi place à la pratique. Autant dire que fort heureusement qu’il y’a la pratique l’après-midi car tout est en darija (diapo, explications). Capacité d’adaptation en mode « optimal » pour mon cerveau ! Cela me demande tout de même de nombreux efforts de concentration pour suivre un peu. Sachant que je traite aussi les mails pour les autres projets, ça devient donc un peu compliqué de tout gérer.

 

 

Nous allons faire la pause repas assez tard et il faut dire que le tacos épicé du déjeuner n’est pas du tout bien passé. L’après-midi je ressens des brûlures à l’estomac et le contrecoup de la fatigue n’aide en rien.

J’arrive quand même à participer activement aux situations pratiques d’arbitrage et la bonne humeur du groupe m’aide à oublier un peu la douleur.

Après cette journée, je fais une petite sieste d’une demi-heure, bien nécessaire pour reprendre un peu de forces. Nous partons avec le groupe dîner, là encore c’est tacos (la restauration prise en charge pour les trois jours : tacos + salade). Pour ma part, impossible de manger un tacos, je demande une salade uniquement afin de voir si mes brûlures d’estomac me laissent un peu tranquille.

En rentrant au centre, je dois continuer de préparer deux/trois choses pour le lendemain. Nous avons l’arrivée d’un coach et arbitre de Boccia d’Islande qui vient aborder la règlementation internationale et nous donner des conseils sur l’arbitrage. 

 

 

C’est une formation en anglais cette fois-ci à laquelle nous avons droit. Mon cerveau est complètement remué mais je ne m’en sors pas trop mal au final. J’arrive même à communiquer avec lui et poser des questions. L’après-midi, je prépare des tables avec feuilles blanches car nous avons droit à une évaluation théorique sur ce que nous avons appris la veille. Je sens déjà que ça va être bien drôle pour moi avec ce que j’ai compris en darija mais bon on va faire au mieux comme on dit ! C’est Saïd (DTN) qui nous énonce les questions à l’oral. J’avoue que je suis surprise du déroulement de « l’examen ». Au lieu d’avoir la liste complète des questions et d’avoir un temps imparti pour y répondre (comme la plupart des épreuves en faite), eh bien non ! Il nous donne la question (en arabe, en français, parfois en anglais) et on doit y répondre de suite sur la feuille. Sachant que chaque personne nécessite d’un temps différent pour réfléchir, écrire, je ne trouve pas cela adapté. Puis à la fin de l’épreuve, c’est Adil qui doit corriger ! Mais il n’a pas les questions correspondantes aux réponses donc : « Comment va-t-il faire ? ». Mon côté « légèrement maniaque » a bien servi car j’avais noté chaque question avant de répondre, ça a pu au moins un peu l’aider même s’il ne comprend pas bien le français. Conclusion, c’était encore une découverte de méthode d’examen à laquelle je ne suis pas habituée mais tout le monde a été reçu !

Cela veut dire que le lendemain nous arbitrerons toutes et tous le premier Meeting National de Boccia.

 

Nous faisons un tour de table avec les ressentis de chaque personne sur les apports de cette formation ainsi que des deux journées passées. Je sens que les participants sont ravis de la formation, de l’organisation car ils en témoignent que du positif. A l’unanimité ils me félicitent pour la bienveillance à leur égard ainsi que pour la bonne organisation. Je sais qu’il y’a toujours des choses à améliorer mais je prends chaleureusement ces retours encourageants !

Avec la grande charge de travail que tout cela a demandé, je suis fière de cette première expérience en tant que coordonnatrice et organisatrice.

Tous les participants prennent congés en allant se reposer ou se balader. Pour ma part, on me charge de faire un résumé des deux journées, de trier et choisir des photos (j’ai dû m’improviser photographe aussi) pour envoyer à Zineb qui publiera sur la page Facebook de la fédération.

Je termine vers 21h ce travail et j’ai demandé à mes collègues de prendre une salade à emporter pour moi car je ne me sens pas bien pour sortir avec eux dîner. Mon esprit est déjà en train de réfléchir à demain, jour de compétition bien chargé ! On doit se lever à 6h du matin pour le traçage des terrains qui doit débuter à 7h car les compétitions doivent démarrer pour 10h.

Toute la nuit je me tourne et me retourne. J’ai de la fièvre. Je passe encore une sale nuit. Les douleurs ne font que s’accentuer au fil de la journée. 

   

Nous arrivons au gymnase et là… je ne sais même pas comment décrire l’endroit. Les mots qui résument le mieux sont : saleté, moisissures, frigorifique, manque d’éclairage et je m’arrête là !

Très honnêtement, je me mets juste deux minutes à la place des athlètes en fauteuil roulant qui vont passer la journée ici et je peine à imaginer comment ils feront pour les toilettes juste insalubres. Je relativise car je suis valide et je n’aime pas me plaindre mais dans cette situation c’est vraiment aberrant d’organiser une compétition dans de telles conditions.

Le gymnase a été utilisé la veille et le sol pas nettoyé. On galère tous vraiment à poser le scotch de traçage qui ne fait que se décoller et pour la peine le scotch prévu est bien évidemment INSUFFISANT. Adil part alors d’urgence en chercher dans les alentours et il en trouve tant bien que mal. Heureusement que l’équipe fait preuve d’une grande capacité d’adaptation.

Les athlètes commencent à arriver et les terrains ne sont pas encore tous prêts. Il est 10h30 et il manque du monde : deux associations, DTN, équipe de saisie des résultats, etc.

   

La compétition commence avec un retard fou, vers midi ! Je suis sur plusieurs postes à la fois et ça commence réellement à m’agacer. J’aide à constituer les poules en inscrivant chaque athlète, je dois aussi arbitrer. Je prends vite le rythme mais à « men donné » c’est avec un grand NON que je m’exprime quand on me demande en plus de faire des photos. J’ai l’impression que plus on en fait et plus les gens vous sollicite. La cause la plus évidente, ma grande gentillesse. Mais tout a ses limites.

Je me calme un peu en voyant les joueurs de Boccia que je connais et que j’apprécie beaucoup. Je me concentre aussi sur ce qui est primordial à mes yeux : un bel arbitrage pour les athlètes !

Tantôt arbitre de table (dit « marqueur »), tantôt arbitre de jeu, nous nous relayons avec mon super binôme : Noureddine. Il voit que je me sens mal, avec de la fièvre et il est vraiment aux petits soins en me demandant si ça va, si j’ai besoin de quelque chose. La vérité est que je veux juste rentrer sur Rabat car j’ai vraiment mal de partout. Je vois que tout le monde est exténué également. Il est 16h et on n’a toujours pas mangé. C’est vraiment abusé en y repensant de travailler dans ces conditions. Nos petites barquettes arrivent et c’est en 10 minutes que je mange, en même temps que je note les points en tant que « marqueur ».

Le dernier match arrive. Il se déroule sur le terrain que nous arbitrons avec Noureddine. Il s’agit de la finale BC4 et c’est moi qui ai le privilège d’arbitrer. Je fais abstraction de mon état car je veux juste être concentrée et ne pas me tromper. C’est une finale très serrée et j’assiste au premier rang à la technique de jeu mise en place par ces deux athlètes. De loin, Adil me fait signe que l’arbitrage est parfait (ouf, je suis rassurée, je n’ai pas commis d’erreurs). Je félicite les joueurs et les accompagne signer la feuille de match.

Place ensuite à la remise des récompenses pour les vainqueurs de chaque catégorie. Petite surprise à laquelle je ne m’attendais pas, on me remet un trophée pour l’implication et le bon travail que j’ai fourni. Cela me touche énormément c’est vrai, mais je remporte aussi un trophée d’énorme fatigue et de stress cumulés. 

 

 

 

Le retour vers Rabat en voiture est horrible. C’est le dernier jour de vacances scolaires donc les routes riment avec embouteillages. Mon état, quand à lui s’empire vraiment. Je sais qu’il faut toujours écouter son corps. Il est le premier à nous donner des signes sur quelque chose qui est en déséquilibre dans notre vie. La preuve en est que le lendemain je n’ai pas pu travailler. Je me suis rendue d’urgence chez un médecin et le diagnostic est tombé : deux bonnes infections et un surmenage qui me vaudront une semaine d’arrêt, complètement clouée au lit.

En résumé, les excès ne donnent jamais de bons résultats. Je sais que lorsque je fais quelque chose j’y mets toute mon âme mais cela en vaut-il réellement la peine d’y laisser sa santé et son moral ? A méditer sincèrement… Au final dans la vie tout est une question d’équilibre. Quand celui-ci est rompu, vous en payez les conséquences un bon moment et remonter la pente est un chemin long et complexe !

 

 

Episodes précédents

1. Premiers pas en Terre marocaine

2. La vie : des hauts et des bas

3. Les semaines se suivent et ne se ressemblent pas

4. Un mois est déjà passé

5. Fin d'année 2019

6. Bonne année 2020 !

7. Des nouveautés et des retrouvailles

8. Une semaine bien rythmée