Journal de bord d'une stagiaire - Ep2

 

Sandra Pereira Costa est la toute première apprentie à effectuer un stage de mobilité internationale avec le CFA Sport Occitanie. Pendant 3 mois, elle sera en stage au Maroc, pour vivre une expèrience nouvelle, dans les métiers du Sport et de l'Animation, pilotée par le CFA et financée par la Région Occitanie. A travers son "Journal de bord d'une stagiaire", partez à la découverte de notre programme Mobilité Internationale.

   

 

Episode 2 : La vie, des hauts et des bas : 
Tant que tu les ressens, c'est que tu es vivant !

 

Deuxième semaine bien différente de la précédente. Le temps est capricieux, de la pluie tous les jours. Le soleil n’est pas au rendez-vous en ce moment à Rabat. Et je ressens une baisse de moral.

Au niveau de la FRMSPH où je suis en stage, on me charge de coordonner plusieurs projets et de suivre leur avancement. Ce n’est pas évident car je dois faire preuve de beaucoup d’autonomie. Bien que mon tuteur soit disponible pour répondre à mes questions, il a de nombreuses autres tâches à effectuer et n’a parfois que très peu de temps à m’accorder. Je prends l’initiative alors d’attaquer ces projets un à un, à mon rythme. Je sens qu’il faut que je m’économise si je veux être efficace dans la durée. De manière générale le point commun à ces projets est de promouvoir le mouvement paralympique et de sensibiliser différentes institutions (collège, lycée, université…) au handicap, notamment en mettant en avant l’insertion via le sport. C’est une semaine laborieuse car je dois faire de nombreuses recherches personnelles pour mieux comprendre les objectifs, actions menées par la FRMSPH… et une journée n’a que 24 heures !

Des nouveautés aussi côté logement : j’ai dû libérer ma chambre où je vis actuellement suite à une réservation prévue pour cette semaine-ci. J’ai alors trouvé un autre Air B&B avec petite chambre privative, plutôt bien située, dans le quartier Agdal, à 15 minutes de marche de la Fédération. Arrivée sur les lieux, j’installe de nouveau toutes mes affaires, je me sens fatiguée avec ces changements. C’est beaucoup d’adaptation en peu de jours et j’ai le contrecoup de la première semaine où je débordais d’énergie !
Petite anecdote sur l’endroit où je vis cette semaine : la maison avoisine un collège et cela n’est pas précisé sur le site. C’est avec grande surprise qu’aux alentours de 7h30 j’entends crier dans la cour, j’ai le droit à un réveil matinal animé tous les jours. Heureusement, mes boules Quiès amortissent un peu les décibels extérieurs.

Avec ces changements je suis tombée malade (cas classique : légère tourista et état grippal). J’ai alors recours aux remèdes de « grand-mère » et je fais le plein de plantes à infuser, miel, gingembre et citron. Grâce à ces produits de Mère Nature, tout est réglé en trois jours ! 

 

Mercredi a été la journée la plus rude jusqu’à présent. J’ai passé une sale nuit, tout va a contrario depuis que je me suis levée. En stage, j’ai des difficultés à me concentrer car dans le bureau mes collègues s’agitent, ça parle très fort au téléphone : « Safi ! Safi ! » (« ça suffit ! » en français) car il y’a du retard sur les derniers préparatifs des compétitions nationales et internationales. J’ai envie d’aider mais je suis vite dépassée car je maîtrise peu de choses et surtout pas la langue couramment. Bref, c’est la première fois qu’il me tarde de rentrer me reposer. En sortant, je passe faire quelques courses en ville et je rentre. Il commence à peine à faire nuit, j’ai ma musique dans les oreilles et j’essaie de faire le vide sur cette journée. A une intersection d’où je loge, je croise un homme à contre sens qui m’observe, sensation étrange mais je continue ma route. J’arrive devant la maison et à peine mes clés sorties pour ouvrir, je revois cet homme étrange qui se trouve juste derrière moi. Je me rends compte que j’ai été suivie. Il parle à peine français mais sa demande est claire : « Je veux t’embrasser, donnes-moi ton numéro vite ». Mon côté instinctif « banlieusarde » refait alors surface et heureusement. Je lui lance fermement un grand « Nachave de là, vas t’en de suite ! ». J’arrive à ouvrir la porte d’entrée, il part alors, je m’enferme dedans et là je réalise que j’ai eu peur. Peur en m’imaginant qu’il aurait pu m’arriver je ne sais quoi. Même si je sais me défendre il y’a une réalité, celle qu’on ne maîtrise pas toujours la situation. Il a été surpris que je réagisse ainsi, j’ai eu de la chance en y repensant. Il faut que je prenne plus de précautions dorénavant, même si le quartier où je vis semble très tranquille. Cela renvoie à ce que j’ai noté à l’épisode 1 où il faut éviter de se balader seule le soir.

Il me faut une bonne heure pour faire redescendre cette pression. Je décide de me changer les idées en cuisinant et le couple qui vit ici me propose de manger avec eux. Une bonne opportunité pour discuter et oublier cette péripétie. Les jours suivants furent bien différents, les rencontres faites lors de cette fin de semaine m’auront été bénéfiques et le positivisme est ainsi revenu.

Vendredi j’ai passé ma journée au Centre National des Sports Moulay Rachid, à Salé. J’ai pu enfin voir des matchs de Handi-Tennis sur fauteuil pour la compétition nationale « Coupe du Trône ». Malgré la pluie, ce sont des joueurs et joueuses motivé(e)s qui ne lâchent rien sur le terrain. Je croise certains membres de l’équipe nationale que j’avais rencontrée la semaine dernière et j’en profite pour les encourager. 

 

   

Je continue ma visite et m’arrête voir au gymnase l’équipe de Boccia qui est en stage de préparation pour participer au premier Open arabo-africain de Boccia (du 24 au 30 novembre) à Nabeul (Tunisie). L’entraîneur national, Adil, me laisse assister à l’entraînement des athlètes. Il me propose alors d’être l’assistante pour deux joueurs classés en catégorie BC1 : Youssef et Hamza. Pour information, la catégorie BC1 correspond à des joueurs atteint de paralysie cérébrale avec handicap sévère au niveau des membres supérieurs (ou pathologies assimilées) et qui nécessitent un assistant sportif. A la fin des deux heures de perfectionnement, lecture du jeu, conseils donnés par Adil, je comprends beaucoup mieux la discipline sportive et un lien se créé entre l’équipe et moi.

Quand le stage se termine, je suis invitée à raccompagner les joueurs (je commence à manier de mieux en mieux le fauteuil roulant mais ça n’est pas évident, heureusement Youss-Youss m’indique comment s’y prendre). Ils me proposent de rester faire quelques parties de jeu avec eux. Sur les huit manches jouées, je n’en gagne qu’une seule (OUF ! Je sauve au moins l’honneur). Je bénéficie alors de leurs précieux conseils pour m’améliorer. Ils me lancent le défi de gagner quelques manches de plus après leur retour de Tunisie. Et je leur lance à mon tour le défi de faire de leur mieux et surtout de se faire plaisir lors de cet Open de Boccia.

 

Le lendemain je les retrouve au Centre National Mohamed VI des Handicapés, à Salé. C’est le jour du Championnat national marocain de Boccia, organisé par la FRMSPH. Je participe activement à la saisie des résultats, classement des joueurs, remise des diplômes et des médailles ainsi qu’à la désinstallation du matériel. C’est une occasion pour moi de découvrir l’organisation de ce Championnat national et de revoir la team.

J’ai le droit à de grands sourires, ils me remercient d’être venue leur donner de la force…mais en réalité, c’est moi qui les remercie de m’avoir tant donné lors de ces deux journées. Une vraie leçon de vie qui me laisse longuement réfléchir à quel point on se satisfait peu de ce que l’on a. Malgré leurs handicaps extrêmement sévères, ils vont de l’avant et le bonheur qui découle de leurs visages est d’une pureté inouïe. 

 

Choukran (merci) à Youssef, Nabil alias Messi, Youss-Youss, Momo électrique, Hamza, Ayoub, Imad et Adil de m’avoir accepté parmi eux et n’oubliez pas « Yallah, Yallah, Yallah, BOCCCCCCIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIAAAAAAAAA !!! ».

 

Je termine ma semaine magnifiquement bien. C’est un dimanche ensoleillé, je me ballade dans les rues de Rabat et je réaménage où j’habitais (cette fois-ci il ne devrait plus y avoir de déménagement inopiné – enfin je l’espère).

Je suis invité à déjeuner chez Fatima, ma voisine de siège dans l’avion avec qui j’avais sympathisé (cf. épisode 1). Je ne pouvais espérer mieux pour découvrir la cuisine marocaine et revoir cette dame avec qui le courant était de suite passé. Son mari et elle-même m’accueillent chaleureusement chez eux, je me trouve face à ce magnifique salon, en admiration. 

 

Ce salon typiquement marocain me fait voyager avec ces tons de couleur chaleureux qui rappellent la terre et le sable. Bien installée sur des coussins moelleux, je déguste ce tajine de poulet aux pruneaux délicieux. Je fais honneur à la cuisine de Fatima, en ne laissant aucune miette dans l’assiette. Elle en est ravie car cela prouve que je suis rassasiée et que j’ai vraiment aimé ! Son mari, Ibrahim, prépare pour digérer une théière de « thé à la berbère ». C’est un privilège de pouvoir échanger avec lui sur l’histoire du peuple berbère. Il vient du Sud, de la vallée du Souss, plus précisément d’une région nommée Guelmim-Oued Noun. Je me laisse alors emportée par ces récits contés qui me font voyager au travers du temps.

 

Avec les discussions variées, la gentillesse et la bienveillance de cet adorable couple âgé, je ne vois pas mon après-midi passer. Moi qui commençais cette semaine à ressentir un peu le manque de mes proches, j’ai pu me sentir en famille le temps d’une journée.

   

 

Episodes précédents

1. Premiers pas en Terre marocaine